03.12.2008
La Sainte Barbe et ses mineurs
Depuis 5 ans, le bassin des Houillères de Provence est fermé : les mineurs qui y travaillaient encore ont été mis en retraite anticipée, les puits existants ont été bouchés, une partie du matériel exhumé. Le reste est resté au fond, abandonné aux eaux qui remontent inexorablement vers la surface et transforment le bassin provençal en nouvel Atlantide. Pèle mêle, tout au long d’un espace allant de Gardanne à Vitrolles, situé entre 1000 et 1200 mètres sous terre, on doit toujours y trouver de vastes routes, des coins-repas aménagés en dur, des camions, et d’énormes machines que les mineurs qui ont vécu l’évolution du bassin depuis la seconde guerre évoquent encore avec des yeux ahuris et des lèvres agitées ; ce sont les mineurs continus, bolides de taille monstrueuse, chargés de remplacer d’un coup d’un seul la pioche, la dynamite, l’âne et les hommes. Les hommes surtout, jugés peu rentables avec leurs mains si frêles.
Mais il est une dame que l’on n’a pas oubliée en fermant les mines, la seule qui vivait au fond avec les hommes et les veillait depuis plus d’un siècle. Installée dans une petite niche soigneusement entretenue, elle passait sa vie sous terre, à regarder défiler les travailleurs dont certains se signaient, les uns au visage pâle arrivant au chantier, et d’autres au visage noir s’en revenant fatigués. Elle était là, Madame, tout au long des trois postes : dans le vacarme de ceux du jour, que viennent emplir le travail humain et le bruit des machines et dans le silence angoissant de celui de nuit, dédié à l’entretien. Entourée d’un noir aveuglant d’obscurité, que l’on transperce à peine avec sa lampe à casque et d’un silence mat comme on n’en connaît pas ailleurs. De temps en temps, un bruit, un bruit sourd, la terre a bougé, celle du dessus, celle du dessous, on ne sait plus mais les entrailles tremblent et malgré les prouesses techniques et l’intuition des hommes, on ne sait jamais ce que cela annonce. Et malgré tout, elle est là, avec son doux sourire et son regard bienveillant, elle vit les drames et les joies, la colère et les grèves, les accidents et les peines, la tête légèrement penchée, le visage imperturbable, comme si elle en avait vu d’autre, Madame. Rien ne l’étonne, ni les ânes qui disparaissent, ni les puits qui s’enfoncent un peu plus, ni les galeries qui s’allongent, ni les machines de plus en plus fortes et leurs attirails électromécaniques en tous genres. Rien. Ni même les complots chuchotés, les conflits ouverts, les fêtes souterraines, les siestes volées et tous les secrets des hommes du fond. Même sourire dans le branle bas de combat. Même bienveillance, car « elle, au moins, ne trahit jamais», elle écoute et ne dit mot, elle reçoit, elle entoure mais ne divulgue rien. Et sa bienveillance a touché, car on la remonte, Elle, on l’installe même au cœur des villes, en souvenir du temps de la mine, en hommage aux morts et en remerciement pour les vies sauves, et peut être dans l’espoir qu’un jour elle présidera de nouveau des mineurs.
Le bassin minier français a fermé. En Provence, malgré l’incroyable sursaut de la fin des années 70 qui a fait suite aux chocs pétroliers et a conduit à la création d’un puits gigantesque, baptisé Yvon Morandat, et d’une centrale thermique fonctionnant au charbon, malgré les embauches massives d’enfants de mineurs au début des années 80, la mine s’est également effondrée. Le charbon est désormais importé. Il paraît que c’est une question de sécurité et de rentabilité. Bref, c’est toujours la même histoire : foncer si c’est moins cher, ne pas regarder les conditions de travail outre-atlantique et éviter ainsi scandales et conflits sociaux. Hop là, le tour est joué.
Aujourd’hui, 4 décembre, jour de la Sainte Barbe, des familles de mineurs et descendants de mineurs se réunissent aux quatre coins de France pour se souvenir et se retrouver. Certains restent chez eux, bien sûr, mais la plupart y ont pensé en se levant ce matin et vont vaquer durant toute la journée à leurs occupations, la tête ailleurs, au fond, à la taille ou aux machines, dans le noir et dans le bruit, avec leurs frères voisins et amis.
En 2008, dans le cadre d’une exposition photographique réalisée aux Archives Départementales, l’association Récits a recueilli les témoignages d’une vingtaine d’anciens mineurs des Houillères de Provence, âgés aujourd’hui de 45 et 90 ans, habitants de la région de Gardanne, La Bouilladisse, Gréasque, St savournin…. Tous sont fils ou/et petits-fils de mineurs. Certains descendent de familles de mineurs-paysans, qui, au début du siècle dernier, vivaient à la fois du travail agricole et de l’exploitation charbonnière pour des compagnies privées. D’autres sont issus de familles italiennes, arméniennes, algériennes arrivées à diverses époques et embauchées dans des contextes de développement industriel. Aujourd’hui, certains vivent toujours dans une cité de la mine, comme celle du puits de Gréasque, d’autres ont construit leur maison.
Ces personnes nous ont raconté leur histoire et, à travers elle, la grande histoire du charbon. C’est d’abord celle du développement industriel et de la mécanisation progressive des bassins tout au long des 50 dernières années, avec le passage progressif des ânes aux machines, des escaliers aux ascenseurs, des étroites galeries aux tunnels gigantesques. C’est également celle des conditions de travail dans le monde ouvrier et du statut du mineur, créé au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans un contexte de grande euphorie nationale pour le charbon, devenu avec le temps un symbole pour le monde ouvrier, autant du point de vue de la rémunération que des avantages en nature. C’est, dans la même veine, celle des relations entre patrons et ouvriers, des conflits sociaux et du syndicalisme particulièrement forts au sein de la mine qui ont émaillé son histoire d’événements heureux ou douloureux. C’est, enfin, celle de la sociabilité, au sein des cités de mineurs, au fil des parties de boules, dans les cercles ou dans les fêtes ; celle du système de sécurité sociale et médicale poussé à l’extrême, qui, d’une certaine façon, compensait l’insécurité physique permanente du fond, les accidents et, parfois, les maladies.
Nous vous présentons aujourd’hui de courts documentaires audio construits à partir des entretiens que nous avons eus avec les mineurs. Ils nous racontent, par la voix des mineurs, l’épopée de la mine et des travailleurs de l’or noir. Ils nous transmettent surtout, au-delà de l’histoire technique et sociale du bassin, la force d’une vie collective et d’une amitié qui, de père en fils et de mère en fille, s’enracine au quotidien, en milieu parfois hostile, dans le fait de travailler, manger, lutter et vivre ensemble.
En hommage aux uns, aux autres et à la Sainte Barbe, nous vous souhaitons un bon voyage.
La journée du mineur
Fermeture
D'autres documentaires sonores sont à l'écoute aux Archives Départementales des Bouches-du-Rhône : "Coup de couche", "Au travail, les enfants", "D'un puit à l'autre", "Regards après la mine"...
Merci à toutes les personnes qui ont accepté de nous confier leur témoignage... Avec la participation de : Jean-Edmond Assadourian, René Bagnis, René Baudoin, Francis Bisto, Guy Bonnet,Hubert Boythias, Manuel Campillo, Monsieur Casorla, Carlo Cremonesi, Jean Luc Debard, Norbert Ghigo, Jean-Claude Lazarewicz, Roland Magère, Rémi Marcengo, Pedro Meca, Denis Olla, Francis Pélissier, Roger Pellegrino, Claude Pons, Léon Rebuffat, Jean-Claude Rodriguez, Jean-Marie Toneguzzo
Autour de la Sainte Barbe, samedi 6 décembre, aux Archives Départementales des Bouches du Rhône :
- 15 : Visite de l'exposition "Puits Z" par la photographe Fabienne Barre et Marie d'Hombres de l'association Récits.
- 16h et 18h30 : Déambulation théâtrale dans l'histoire des mineurs de Provence par la Compagnie La Cohue. Gratuit sur réservation (04 91 08 61 00 ou à archives13@cg13.fr)
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Commentaires
Respect des mineurs .... URGENT RESPECT DES MINEURS DE FONDS
http://www.youtube.com/watch?v=R0lqmlw2VPk&eurl=http%3A%2F%2Fvideo%2Egoogle%2Efr%2Fvideosearch%3Fq%3Dmineurs%2Bde%2Bfond%26hl%3Dfr%26emb%3D0%26aq%3Df&feature=player_embedded
http://www.dailymotion.com/video/x8aye8_aux-mineurs-de-fond_creationhttp
http://www.blogger.com/profile/03284539983650948142
NECESSITE UNE REACTION URGENTE CONTRE CE SINITRE INDIVIDU
Écrit par : mineurs | 22.03.2009
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